vendredi, 11 juillet 2008

suite 4

Chapitre 4: Visite de courtoisie


Alison poussa la lourde porte du commissariat, qui grinça de mécontentement. A peine eût-elle franchi le seuil, qu'elle fut reçue par des dizaine de paires d'yeux intrigués. Les civiles se faisaient rares. Cette vaste salle se déclinait en une multitude de bureaux individuels. Vide, elle aurait eu l'aspect d'un grand entrepôt désaffecté. A ces bureaux et dans les allées, il y avait une majorité d'hommes, afférés à toutes sortes de tâche, comme dans une fourmilière. La plupart, entourés par des cartons de pizza entamée, des mégots fumants, des trombones déformés, et que sais-je encore, étudiaient des dossiers cartonnés multicolores. Ils interrompirent un temps, leur remue-ménage, puis quand leurs yeux s'habituèrent à la nouvelle venue, le vacarme des claviers, des discussions gaillardes, des jurons, reprit de plus belle. Alison, d'un pas résolu, s'avança vers le premier bureau, qui se présentait. Un homme corpulent et jovial, s'y tenait, un sandwich et un dossier dans l'une et l'autre mains. Comme il semblait aspiré dans sa lecture, Alison se racla la gorge. Il leva vers elle, des petits yeux pétillants, et lui sourit: "Que puis-je pour vous, Mademoiselle?
-Je cherche quelqu'un qui fasse autorité ici. Je viens signaler un meurtre. Répondit-elle calmement.
-Bien, bien! Vous voyez le jeune homme, là-bas?
-Celui avec une cravate horrible?
-Ouais! Il est inspecteur, et comme le patron est arrêté pour quelques temps, c'est ce jeune freluquet qui a les clés de la boutique! Il vous aidera sûrement, mais rester sur vos gardes, M'selle! C'est un drôle d'oiseau! Bon courage à vous!"
Interdite, elle le remercia et traversa la salle sous la cacophonie studieuse. Elle observa de loin, le jeune homme. Il ne devait pas être plus âgé qu'elle. Sur le coup, elle envia sa position. Ce boulot lui aurait permis de régler plus facilement ses affaires. L'inspecteur était en grande conversation avec un collègue, évoquant orgueilleusement, l'acquisition prochaine d'une voiture, avec sa future promotion. A l'écouter, Alison se demanda bien pourquoi l'homme au sandwich l'avait mise en garde. "Cet oiseau-là n'avait rien de différent des autres volatiles inintéressants et prétentieux de son espèce", elle parviendrait bien à le manipuler. Emporté dans un élan d'allégresse, il ne la vit pas, approcher. Son collègue lui fit alors un signe de tête, lorsqu'il aperçut la jeune fille, qui attendait à manifestement la fin de leur entretien pour se signaler.

Le jeune inspecteur se retourna, une lumière éclaira ses grands yeux verts, et il lui tendit instinctivement la main: "Je peux vous aider? Mademoiselle?
-Marx, Alison Marx! Bonjour! On m'a dit de m'adresser à vous...
-Enchanté Miss Marx! Je suis l'inspecteur Jack Boroes! Je vous aiderais avec plaisir, mais passons plutôt dans mon bureau, on ne s'attend plus ici! Alex? On en reparle plus tard, vieux? !" Il prit congé de son collègue et conduisit Alison dans ses quartiers. Il prit soin de fermer la porte derrière elle, et il l'invita à s'asseoir. Alison se sentit malaise, comme toujours en présence d'un homme, mais elle se laissa rien apparaître. Il valait mieux être à la hauteur. "Alors dites-moi, que puis-je pour vous?
-Un de mes proches a été assassiné! Voilà trois jours de cela! Je veux retrouver le meurtrier, mais je ne peux le faire seule! J'ai besoin de votre intervention!
-Recevez mes sincères condoléances, Miss Marx, ce monde est devenu une vraie jungle! Il se leva, se dirigeant vers sa fenêtre, pensif. Puis il ajouta, fixant Alison: "Vous n'êtes pas sans savoir que nos services sont débordés, les meurtres se multiplient chaque jour, et je manque d'hommes! Votre affaire va s'empiler avec des dizaine d'autres, le meurtrier ne risque pas d'être inquiété avant des années...
-Je n'ai pas le temps, ni la force d'attendre, Inspecteur, il y a sûrement un moyen d'accélérer la procédure!
-Oui! Si vous me prouvez que j'ai grand intérêt à traiter votre meurtre en priorité, je retrouverai dans les plus brefs délais, votre assassin.
-Je ne manque pas d'argent! Soyez tranquille, vous aurez votre voiture sans attendre votre médiocre paye, si vous m'aidez!" Il eut un sourire malicieux: "Savez vous, qu'un homme ne court pas qu'après l'argent...
-Je n'en doute pas, mais c'est tout ce que vous recevrez de moi! Alors vous acceptez?
-Ne précipitons pas les choses... j'ai besoin d'en savoir plus, vous en conviendrez! Parlez-moi donc du meurtre! Quand votre proche a-t-il disparu? Qui a trouvé le corps et où? Comment est-il?
-Eh bien, il n'est pas rentré dans la nuit du 31 et ce n'était pas dans ses habitudes. C'était une règle entre lui et moi, en dix ans de vie commune. Il sortait le matin, de bonne heure. Il rendait visite à quelques connaissances dans l'après-midi. Mais le soir, il rentrait toujours, pour passer du temps avec moi." Jack voulut poser une question, mais elle ne lui en laissa pas l'occasion. Elle devait gagner éveiller son intérêt et gommer tout soupçon. Car qui pourrait bien se soucier de la mort d'un animal? Elle reprit: "J'ai donc fait le tour du quartier à partir de huit heures, me rendant aux endroits où il avait ses habitudes, questionnant les gens, sans succès! Il demeurait introuvable! J'ai abandonné vers les onze heures, et j'ai repris vers les sept heures, après quelques heures..." Elle se tut, respira: "J’en suis venue à sortir de mon lotissement... j'ai vu un corps au bord de la route... c'était lui!" Jack l'interrompit: "Quand vous dites "lui"... c'était votre mari?
-Euh... non! Mais est-ce vraiment nécessaire de le savoir?
-Pour l'enquête oui! Je dois connaître les relations qui vous unissaient à la victime... ça pourrait tout aussi bien être vous, le meurtrier!
-Moi??? Ne soyez pas stupide, si c'était moi, je ne serai en aucun cas venue vous voir!
-Les coupables sont souvent ceux, qui leur délit commis, sont bercés des meilleures intentions du monde! Certains regrettent même...
-C'était un ami... très cher! Vous êtes satisfait?" Alison sentit qu'elle ne contrôlait plus la situation. Ce flic était plus subtil, qu'elle ne l'avait envisagé. A présent, elle devait choisir, soit elle avouait tout et mettait sa folie passagère, sur le compte de la chaleur ou d'une mauvaise plaisanterie, soit elle mentait et l'histoire tiendrait plus ou moins la route, jusqu'à l'autopsie du corps.
"Qui vivait avec vous?
-Oui et alors? Ce n'est pas interdit par la loi, à ce que je sache!
-C'est vous qui semblez avoir quelque chose à vous reprocher, moi, je ne fais que mon travail! Pourquoi ne pas m'avoir dit d'emblée que c'était votre "ami"?
-Dites-moi, Inspecteur, vous prenez toujours les dépositions des familles de cette manière? Que de tact! Avec vous, c'est simple, j'ai l'impression d'être coupable! Mais peut-être avez vous raison. Oui, j'avoue, je suis coupable! Coupable d'avoir cru, qu'on pouvait compter sur la police. Que vous n'étiez pas que des grattes-papiers, qui foutent des innocents en prison, parce que... et vous venez de me faire une belle démonstration du genre, vous êtes au fond incapable de discerner le Bien du Mal! Alors allez-y arrêtez-moi, ça prouvera au moins que j'ai raison!" Jack demeura perplexe, sans aucun doute, cette fille lui cachait quelque chose, mais il n'était pas insensible à son sens de la répartie: "Bon, je connais au moins le fond de votre pensée! Laissons là de côté, nos à priori à tous deux! Concentrons-nous... c'est donc vous qui avez découvert le corps de votre "ami", quelle heure était-il?
-10 heures environ.
-Y avait-il des témoins sur les lieux, autre que vous?
-Non, j'étais seule!
-A 10 heures, il est quand même curieux que personne n'eut aperçu le corps, surtout à un endroit aussi découvert...
-Vous savez, les gens préfèrent ignorer ce qui les dérange, et puis ils apportent si peu leur aide aux vivants, alors aux morts...
-Mais leur voyeurisme est sans limite et mon expérience m'a appris qu'on trouvait toujours quelque plaisir à contempler le spectacle d'un infortuné! Et comment était le corps? Avait-il des lésions? Des ecchymoses?
-Non, rien d'apparent!
-Hum Hum! Et comment est-il habillé? Portait-il quelque objet de valeur, montre, argent,...
-Avec les vêtements de la veille et il ne transportait jamais rien de valeur.
-Mademoiselle sans vouloir vous déplaire, je suis septique! Tout ceci est bien mince... qu'est-ce qui vous dit que votre ami a été assassiné? Ca pourrait tout aussi bien être un suicide, ce n'est pas rare que...
-Non, il n'aurait pas pu faire ça!
-Vous savez, parfois, on croit connaître une personne et...
-Pas lui, elle se calma et reprit, je le connaissais, il en aurait été incapable!
-Alors lui connaissiez vous des ennemis? Des gens qui auraient de bonnes raisons de l'éliminer?
-Non! Personne à ma connaissance!
-Ecoutez, Mademoiselle Marx! Je me dois d'être sincère avec vous, j'ai une cinquantaine d'affaires où la figure du meurtrier est limpide. La vôtre risque de me prendre du temps, et de m'en faire perdre! Pour un seul meurtrier, j'en laisse une cinquantaine dehors, êtes-vous sûre de vouloir entamer une telle procédure, ce sera long et...
-Je suis déterminé, Inspecteur, rien ne pourra me faire chanceler! Si vous me disiez plutôt ce que vous attendez de moi!"
Se penchant vers elle, il ajouta: "2000 dollars, 1000 maintenant, 1000 quand ce sera fini...
-500 tout de suite, le reste quand vous aurez le type! C'est une somme! L'inflation n'épargne personne. je ne veux pas que vous me plantiez en cours de route!
-Marché conclu!" L'alliance de leurs mains scella les règles du contrat. L'entretien était fini pour Alison, elle avait obtenu ce qu'elle voulait. Elle s'apprêtait à sortir, il la retint: "Vous avez toujours le corps en votre possession?" Alison se contenta d'acquiescer. "Parfait! J'ai besoin de plus d'éléments, il va falloir l'autopsier, le plutôt sera le mieux, chaque heure fait disparaître des preuves! Vous pouvez l'amener ici demain? A l'heure qui vous convient bien sûr? Vous s'y arriverez?
-N'ayez crainte, je me débrouille bien toute seule, à demain!"
Il lui ouvrit la porte et lui serra la main avec un peu plus d'insistance. Elle lui rendit un sourire gêné et quitta les lieux. Il la regarda s'éloigner, et la lumière de ses yeux se dissipa à chacun des pas de la jeune fille. "Nouvelle conquête?" Alex le sortit de sa torpeur. "Beaucoup trop excentrique pour moi!"

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