samedi, 19 juillet 2008
suite6
Chapitre 10: La rencontre
Encore une journée d'écoulée. Ca faisait deux jours qu'elle avait incinéré Plume. Une certaine résignation s'était abattue sur Alison. De plus, elle sentait mal de jour en jour. Elle n'avait pas la moindre idée des origines de ce trouble. Elle ressentait de violents maux de tête, elle saignait parfois du nez et avait de fréquentes nausées. Elle mit ses défaillances physiques sur le compte de la fatigue. En effet, elle avait beau dormir, elle ne parvenait pas à récupérer. Et elle se sentait faible, chaque fois qu'elle quittait son lit. Mais ce qui la désolait plus que tout autre chose, c'était sa solitude. Elle n'avait jamais été aussi seule. Ce matin-là comme elle n'en avait pas l'envie, elle demeura plus longtemps dans son lit. Bizarrement les paroles de Jack Boroes lui revinrent en mémoire. "Trouvez-vous un mec!" Avait-il dit! Pour qui se prenait-il? Elle n'avait besoin de personne pour vivre, et son chat n'était en aucun cas, un substitut de tendresse masculine. Elle se rappela sa mésaventure nocturne et en déduisit que, soit elle avait une fâcheuse tendance à attirer les détractés, soit les hommes et les femmes étaient incapables en général, d'élan de tendresse. Dans les deux cas, mieux valait l'exil sentimental.
Après un brin de toilette, elle choisit de ranger sa maison, victime d'un grand désordre. Elle mit un bon disque et se laissa porter par les voies sacrées de la symphonie. Ca valait toutes les petites pilules du monde, et ça rendait le ménage moins abject. Sa demeure retrouvait petit à petit, carton par carton, un aspect convenable. Tout ce qui comptait en débris et objets inutiles avaient été chassés dehors, et s'entassaient sur le trottoir, attendant des éboueurs compatissants. Sa musique faisait vibrer tous les alentours, les voisins n'avaient qu'à prévenir la police. Alors qu'elle était affairée à son rangement, une voiture s'arrêta dans son allée. C'était peu commun et même Alison s'en étonna.
Un grand brun, cuir et lunettes noirs, en descendit. Accoutré de la sorte, Alison ne reconnut pas celui qui hantait subtilement ses nuits. Alors qu'il s'approchait de sa barrière, il ôta ses lunettes. Alison n'avait pas oublié ces grands yeux verts. Sa surprise fut grande, mais elle la dissimula: "Vous avez été rapide! Et moi, qui pensais, que la police ne quittait jamais ses locaux, pas plus pour des plaintes de voisinage que pour des meurtres. Vous faites du zèle, Inspecteur? Ou enfreignez les règles du parfait planqué, juste pour le plaisir de me passer, enfin, les menottes? Si c'est le cas, je vous préviens tout de suite, c'est pas mon truc d'être attachée ou dominée!
-Je sais pas de quoi vous parlez, visiblement, vous êtes aussi dérangée que la dernière fois, qu'on s'est vu! Il se prit à sourire.
-Vous savez ce qu'on dit, ce genre de vice ne s'arrange avec le temps, comme la cupidité! Alors que me vaut l'immense privilège de votre visite? Je croyais pourtant que vous ne vouliez plus me voir? Auriez-vous des problèmes avec votre conscience, Inspecteur?
-C'est vous qui devriez avoir des soucis avec votre conscience! Pas moi! Maintenant, je venais juste prendre de vos nouvelles, mais je me rends compte que c'était stupide, vous me semblez au meilleur de votre forme! Une dernière chose, je n'en ai pas eu l'occasion, mais je tenais à vous remercier pour l'argent! Comme vous l'avez dit, vous êtes une dérangée honnête! Au revoir, Mademoiselle Marx!
-Arrêtez vos bobards! Vous ne veniez pas prendre de mes nouvelles... vous en vous foutez...
-Croyez ce que vous voulez! Mais pourquoi, aurais-je gaspillé mon jour de repos, passer du temps à chercher votre adresse, parcourut des bornes? Et pour quelle raison serai-je ici, à parler avec vous, alors?
-Histoire de parader avec votre nouvelle acquisition!
-Vous supposez mal, il y a des milliers d'endroits où la parade serait plus honorifique! Il s'éloigna.
-C'est tout ce que vous avez trouvé le moyen d'acheter avec 2500$? Vous me décevez... une poubelle aurait plus d'allure!
-Très spirituel! J'ai pas tout dépensé, si ça peut vous rassurer! J'en ai placé une partie, pour les mauvais jours, on sait jamais...
-Si moi, je sais! Et vous êtes encore plus stupide que je ne pouvais l'imaginer! Hello, on se réveille, on est en plein dans vos "mauvais jours"! C'est maintenant qu'il faut vivre! Il y aura de moins en moins de demain, croyez-moi! Pourquoi attendre? Et puis devant la mort, ce n'est qu'un bout de papier, ce fric!
-Vous êtes quoi?
-Pardon?
-Oui, vous êtes un genre de prophétesse? Ou une adepte d'un culte mystique ou quoi?
-Non, ça va pas!
-Pourtant, vous prédisez avec une telle assurance, la fin des temps, que je me demande!
-Vous ne comprenez rien! Vous ne le ressentez pas? Il n'y a donc que moi, qui trouve cette terre mourante? !
-Il semblerait!
-Vous plaisantez? Vous regardez un peu autour de vous? Vous appréciez votre vie?
-Je m'en accommode!
-Ridicule!
-Pourquoi? Parce que je vois les choses différemment de vous, alors je suis ridicule?
-Oui, vous êtes! Et complètement aveugle! Qui pourrait aimer vivre dans un univers si dégradé... il faut être fou...
-Alors nous sommes deux fous, l'un pour l'autre! Je vous comprends pas et vous ne comprenez pas!
-Non! C'est trop facile de me faire passer pour l'intolérante!
-C'est pourtant ce que vous êtes! Vous avez une idée fixe et vous traitez, tous ceux qui ne pensent comme vous, de crétins. Vous êtes méprisante à l'égard du genre humain!
-Ca va, on arrête! On recule là! D'accord, je suis étroite d'esprit, mais nous sommes deux! Et votre merveilleuse Humanité va nous conduire à la fin des temps! Je le sais! Je doute de tout, mais pas de ça! Maintenant, si vous voulez un conseil, changez de caisse! Ou vous passerez vos derniers jours en célibataire!
-Qui vous dit que je suis seul? Encore une intuition mystique?
-Non, féminine! Je crois qu'on a fait le tour! C'est gentil d'être passer, maintenant, si vous voulez bien m'excuser, j'ai du travail!"
Jack retourna à sa voiture. Furieux, il claqua sa portière et tourna violemment la clé. La voiture émit un toussotement étouffé, puis ce fut le silence. Il renouvela l'expérience une vingtaine de fois, avant de se résoudre au fait qu'elle partirait plus. Alison avait entendu les plaintes du moteur, et était sortie apprécier les mésaventures du jeune inspecteur. Jack sortit de sa voiture en jurant et claqua la porte, si fort, qu'elle se dessouda de l'ensemble. Alison était ravie, elle applaudit:
"Magnifique! Bravo! Toujours convaincu de la suprématie humaine? En tout cas, votre vendeur a dû se frotter les mains!
-Epargnez-moi, vos sarcasmes! Ca n'a rien de drôle!
-Disons que si ça m'arrivait à moi, non! Mais ce genre de pépin qui vous tombe dessus, à vous! C'est hilarant et encore, je suis sobre!
-C'est la seule aide que vous me proposez? Vous foutre de moi? Si j'avais dû faire pareil...
-Pas de ça! Nos comptes sont réglés! Cette voiture en est la preuve... décevante, mais c'est pas moi, qui l'ai achetée!
-Puis-je emprunter votre téléphone? Sans vous menacer avec mon arme?
-Ca aurait été avec plaisir, vous êtes si courtois! Mais je n'ai pas de téléphone, j'ai résilié l'abonnement depuis le jour, où je n'ai plus personne à appeler! Mais essayez chez mes voisins, on sait jamais...
-C'est ça, prenez-moi pour un gars de la ville! Je suis flic, pas utopiste! Je sais comment ça marche! Et j'ai pas de fric sur moi!
-Quelle folie! Vous savez pourtant mieux que quiconque le pouvoir de l'argent? Proposez leur votre voiture en garantie! On peut toujours démonter les sièges...
-Vous fatiguez pas! A quelle heure, le prochain bus?
-Vous prendre le bus? J'ose à peine l'imaginer! Allez, je vous donne un coup de pouce, histoire d'avoir la paix! Quelle heure est-il?
-Vous ne le savez pas? Vous vivez dans quel monde?
-Dans celui, où on doit vivre chaque seconde à fond, et nul besoin d'une fichue pour me rappeler que le temps s'écoule à la vitesse d'un T.G.V! Alors?
-17 heures!
-La nuit ne va pas tarder à tomber! Aucun bus ne retournera en ville avant demain!
-Il n'y aucun moyen de rentrer...
-Il vous reste vos pieds! Mais équipez comme vous l'êtes, je vous déconseille, vous feriez un joli cadavre avec cette chaleur!
-Non, c'est pas ce que je voulais dire! Il n'y aucun moyen de rentrer chez vous? Ce ne serait que pour une nuit!
-Nan! Vous vous souvenez, la profiteuse excentrique doit se trouver un mec, pour calmer ses troubles affectifs! Et je crains que vous amenuisiez mes chances de me caser, en restant dans les parages!
-J'ai pas dit ça...
-Oh que si, vous l'avez dit! J'étais là, je vous rappelle!
-Oui, mais vous ne m'avez pas laissé finir, j'ai pas dit pour calmer vos troubles affectifs!
-Vous l'avez pensé si fort, que je l'ai entendu alors!
-Ce que je voulais dire, c'est que la solitude, c'est bon pour personne! Et que si vous n'étiez pas si seule, vous auriez appris à relativiser ce décès! Je me trompe?
-Vous êtes encore en train de me juger avec votre psychologie de merde!
-Ah! J'ai tapé là, où ça fait mal!
-Si vous croyez que ça me touche, vous vous foutez le doigt dans l’œil. Je vois bien votre manége... vous ne deviendrez pas mon psy, et moi, pas votre logeuse!
-Et si je vous menace avec mon flingue, je deviens votre kidnappeur et vous, mon otage!
-Ce schéma ne me plaît pas non plus! Ces jouets ne me font aucun effet! Désolé!
-Vous êtes une coriace! Mais j'y pense, vous êtes en infraction!
-Et vous, à court d'argument! Si je refuse toujours, vous faites quoi? Vous m'arrêtez?
-C'est probable! Il est interdit d'encombrer les rues avec des ordures et votre musique, nuit gravement à l'ordre public! Si vous refusez d'obtempérer, je me verrai, Mademoiselle, en tant que représentant de la loi, l'obligation de vous sanctionner pour ce manque évident de civisme! J'ai en le droit! Maintenant, vous avez le choix! Ou je vous passe les menottes et on reste, vous et moi, cette nuit, dans ma voiture! Soit vous me laissez rentrer, et je ferme les yeux pour cette fois!
-Vous savez parler aux femmes! J'ai toujours rêvé de passer une nuit dans un lieu exigu et malsain avec un flic! Ca tombe bien!
-Alors vous choisissez quoi?
-Est-ce que j'ai vraiment le choix..."
Elle ne put finir sa phrase. Une violente quinte de toux la saisit et lui fit plier le buste. Jack accourut pour la soutenir: "Ca va pas? Attendez, je vais vous aider! Vous avez besoin d'eau!" Il la conduisit à l'intérieur, et la fit asseoir sur son canapé. Quand elle eut bu et que sa toux fut calmée, elle articula, le souffle court:
"Je vois que vous avez trouvé le moyen de rentrer!
-Je n'y serai jamais parvenu sans vous, très chère! Vous voulez un autre verre?
-Non! Je me méfie des hommes qui insistent pour remplir mon verre! Ne me regardez pas comme ça, je plaisante! Je veux économiser l'eau, c'est tout!
-Je croyais qu'il fallait profiter de la vie!
-Oui, mais l'eau a bien plus de valeur que ma propre existence. Je suis qu'un maillon de la chaîne, destinée à disparaître, alors que l'eau devrait être immortelle.
-Hum hum! Dites, vous parlez toujours aux gens de façon si pieuse et compliquée? Ou c'est parce que je vous mets mal à l'aise?
-Je ne parle guère, excusez mon manque d'éloquence! Je vous loge, je suis pas tenue de vous parler en plus?
-En tout cas quelque chose me dit que votre gentillesse m'était toute réservée! Vous déménagez?
-En quelque sorte! C'est fou comme on s'encombre de choses inutiles... Mais je vous en prie, puisque vous êtes là, servez quelque chose à boire, c'est la maison qui offre! Il doit me rester des bières trans-géniques dans le frigo!
-J'ai toujours trouvé qu'elles avaient un goût bizarre... Mais je m'en contenterai!
-Vous pouvez essayer l'eau! Mais je crains que ma douche matinale et ma toux grippale aient épuisé mon quota pour la journée!
-Ces quotas, c'est une vraie calamité! Ils avaient de la chance nos vieux! Prendre une douche de quinze minutes, j'en rêve!
-Une chance qu'ils n'ont pas voulu partager! Alors Inspecteur, les rumeurs ont-elles cessées ou étiez-vous venu me faire quelque leçon de morale?
-Il a fallu que je coupe quelques langues, mais rien de grave. En fait, mes collègues ont le jeu... on n'a jamais vu aucune fille du nom d'Alison Marx traiter avec moi! L'affaire est réglée!
-Bien, tant mieux pour vous! Il eut un silence.
-Et sinon vous vivez seule ici?
-On n'est pas obliger de parler, vous savez!
-Allez, jouez aussi le jeu! Ca n'a rien de déplaisant de parler! Moi, je n'aime pas le silence! Et comme je suis votre hôte, vous devez tout faire pour que mon séjour soit plaisant!
-Ne comptez pas sur le fait, que je puisse faire autre chose avec vous, que converser!
-Commençons par discuter, nous verrons après! Alors?
-Vous êtes fatigant! Non, nous étions deux jusqu'il y a quelques jours. Mais je suis désormais, l'unique habitante de cette baraque! Voilà pourquoi, je fais le ménage." Jack s'approcha de la T.V en morceaux et ajouta:
"Vous avez une façon radicale de mettre de l'ordre. Vous devriez postuler dans la police!
-Il n'y avait que mon chat pour mater ses émissions pour dégénérés chroniques. Et non merci pour le poste, j'ai déjà du mal à gérer ma vie, alors de là à faire la loi, chez les autres... Et vous? Vous habitez où?
-J'ai un appart de fonction, au-dessus du commissariat! J'y mène une vie paisible avec ma télé et nos émissions pour dégénérés!
-Eh bien, je constate que le psy n'est guère mieux loti que la patiente!
-On ne parle bien, que de ce qu'on connaît!
-Voilà pourquoi, je vous ai trouvé un samedi au boulot!
-Quand j'ai du temps libre, je ressors des vieilles affaires et je planche jusqu'au lundi! Et vous, vous faites quoi?
-Hormis gaspiller le temps d'honnêtes fonctionnaires, vous voulez dire?
-Ouais!
-Je bossais dans une banque, comme conseillère financière. Mais j'ai démissionné! C'était un job minable... je menais les gens en bateau, le promettant monts et merveilles, pour leur coller un maximum de crédits dans les pattes, et pour me permettre à moi, de toucher une grosse commission. Puis quand le vent tournait, j'étais là, souriante, pour leur annoncer que la fête était finie. Je les jetais à la rue sans plus de formalité qu'un contrat, où était écrit en petits caractères: "En cas de non-payement de la somme prêtée, la banque se réserve le droit de saisir tout bien pour rembourser la dite-somme.
-J'ai toujours évité de fréquenter les banques!
-Oui, mais vous vous touchez des pots de vin! Ca dispense largement d'avoir des problèmes d'argent! Tout le monde n'a pas votre chance!
-Disons que dans mon cas, c'est un échange équitable de services!
-Plutôt une différence de point de vue! La vie prend toujours une signification particulière en fonction de l’œil qui la regarde!
-Je vois ce que vous voulez dire! Moi, j'ai une tendance à positiver et vous...
-A "pessimiser"! Nous avons tous notre contraire...
-Vous croyez que je suis votre contraire?
-Ca me semble évident!
-Non, pas tant que ça! Tenez, je suis sûr qu'on a plein de choses en commun! Vous voulez un exemple? Eh bien... Tous les deux... Nous mentons très bien!
-Belle vertu que voilà! Désolé de casser votre démonstration, mais le mensonge est commun à 90% de la population! D'ailleurs on appelle plus ça de la diplomatie, vu que ça permet aux civilisations de perdurer! Il est bien connu que la vérité n'est jamais bonne à dire!
-Quel optimiste! Le pire c'est que vous n'avez pas complètement tort! Disons que je ne vous connais pas assez, pour savoir ce qui nous rapproche!
-Si vous me connaissiez, Inspecteur, vous sauriez que nous sommes diamétralement différents! Car je suis différente de la majorité en générale!
-Je vous en prie, appelez-moi Jack! Entre magouilleurs, au diable les titres! Pourquoi pensez-vous être différente?
-Vous le savez bien! Vous m'avez même dit après cela, que j'étais dérangée!
-Je trouve la multitude dérangée, vous ne dérogez pas la règle!
-Vous en connaissez beaucoup qui aiment leur animal comme moi?
-Chacun à ses fantaisies! Moi, par exemple, c'est le scrabble! Je sais ça casse un peu le mythe, mais je me devais d'être honnête avec vous! Ah, vous souriez! C'est déjà ça!
-J'aime pas le genre humain! Vous trouvez ça normal, comme aversion? Je ne lui fais pas confiance! Je ne pourrai jamais avoir foi en lui!
-Vous en faites pourtant partie de ce genre humain!
-C'est le drame! Un esprit de chat dans un corps de femme! J'aime la simplicité, dormir, manger, et le reste! Et puis, je trouve les animaux, géniaux, braves et autonomes! Avec Plume, ça a été une rencontre... Je l'ai vu grandir, il m'a vu vieillir...
-Comme une mère avec son enfant!
-Non! C'est ce que tout le monde pense, mais c'est faux! Nous n'avions pas ce type de relation! Il n'existe aucun mot dans notre langue pour décrire ça! C'était un ami, mais d'une autre race! Je n'ai jamais voulu qu'il en soit autrement! Est-ce si aberrant?
-Ce qui me paraît aberrant, c'est que je me demande quelque genre de relation enrichissante, on peut entretenir avec "quelqu'un" qui dépend de vous! Qui attend que vous le nourrissiez, que vous nettoyiez ces besoins...
-Dans chaque association, il y a des inconvénients! Le pauvre, il devait supporter mon caractère de chien! Les hommes ont de plus grand travers! Un grand stoïcien a dit un jour, qu'une vie en commun valait mieux qu'un grand discours. Si vous l'aviez vécu, vous comprendriez qu'aucune parole ne peut décrire mon attachement!
-Si vous le dites... Mais tout de même, ils n'ont pas de conscience! Ils ignorent tout du bien et du mal! Et un grand philosophe a déclaré que le plus bête des hommes vaudrait toujours mieux que la plus intelligente des bêtes...
-Dites-moi Jack, pouvez me citer les plus grands "monstres" que l'Histoire a connu? Ceux qui ont défiguré la planète, organisé guerre et génocide, et j'en passe! Tous ceux qui vous viendront en tête, sont des hommes! Ils sont nombreux et indénombrables, chaque siècle en porte les ecchymoses! Aucun animal, même le plus féroce prédateur, n'y figure! Alors vous avez raison, nous connaissons le Bien et le Mal, et c'est en toute conscience, que nous faisons le Mal! Belle supériorité!
-Bon, si on arrêtait là les débats enflammés! Je vais pas me battre avec vous... Une chose nous réunit, nous sommes deux esprits forts...
-Vous avez raison... Contre moi, vous n'auriez pas le dessus!
-Et l'Humanité qui manque de modestie!
-Vous êtes agaçant!
-Et vous enragée... mais passionnée!
-C'est un compliment ça? Si c'est le cas, vous rendez pas malade... Je me sens pas assez d'énergie, de vous mettre dehors!
-Vous êtes forte, n'en doutez! Et je parlais sincèrement, je n'ai jamais tenu une telle conversation avec quelqu'un avant!"
Quelque chose changea chez Alison, à ces mots. Une douce mélodie envahit son être. Elle se montra moins méfiante. Ils parlèrent la nuit durant. De la marche du monde et de sujets plus futiles. Aucun ne ressentit le besoin de dormir. Pas même Alison qui tenait tant à ses rêves.
Chapitre 11: Le calme
Sournoisement, l'Aube apparut. Elle fulminait les amants attardés dans les voluptés de la nuit. Sur le canapé du salon, Alison s'étira. Elle repoussa les couvertures, son pyjama lui tenait assez chaud. Elle avait les paupières lourdes, mais le teint clair, comme la rose qui ploie sous de fines gouttes de rosée. Jack désespérait dans la cuisine, qu'elle n'est pas de machine à café. Il réapparut à un plateau, il lui apporta un semblant de petit-déjeuner. Ils le dégustèrent goulûment. Alison avait retrouvé son appétit et un confident. Puis vinrent le moment de la séparation, que tous deux redoutaient. Mais ni l'un, ni l'autre n'osait rabaisser sa fierté en demandant à l'autre de rester. Le prochain bus était à 10 heures, et une gêne commençait à s'insinuer entre eux.
Jack prit congé de son hôte: "Je tiens à te remercier, pour ça et pour le reste! J'ai passé une excellente nuit! Ca fait du bien de parler!
-Oui, ça m'a fait plaisir! On pourrait remettre ça, un de ces quatre...
-Pas de problème! Bon, il va falloir que j'y aille!
-Oui, dépêche-toi! Les chauffeurs sont rarement d'humeur conciliante...
-Bon, bin, j'y vais... à bientôt, j'espère!
-Ouais, prends soin de toi!
-Ne t'en fais pas pour la voiture, j'appellerai la casse, pour qu'ils viennent la récupérer!
-Rien ne presse!" Il lui sourit et lui serra tendrement la main.
Il prit son blouson et sortit, non sans lui faire un dernier geste de la main. Alison le regarda s'éloigner sur le seuil, se maudissant intérieurement. Quand il ne fut plus à portée de vue, Alison se mordit la lèvre inférieure. C'était trop tard. Elle rentra. Elle ne cessait de se proférer des invectives. "Je suis vraiment une pauvre fille dépourvue d'esprit, pensa-t-elle, Dépêche-toi, Jack, les chauffeurs sont rarement d'humeur conciliante! Génial, pour râler, je suis forte, mais quand il s'agit d'être sympa, là y'a plus personne! J'ai toujours un temps de retard!" Brusquement, comme une envie soudaine, elle se dit que pour une fois, elle pourrait peut-être déroger à la règle. Elle sortit en courant et en pyjama de chez elle, et elle gagna à toute vitesse, la rue qui menait à l'unique arrêt de bus. Dés qu'elle aperçut la silhouette du jeune homme. Elle cria son nom. Il se retourna, surpris. Elle arriva haletante à sa hauteur.
Elle lui fit signe de patienter, puis quand elle eut retrouvé son souffle, elle parla sincèrement: "Ecoute, j'ai un vieux scrabble poussiéreux à la maison! Ca te dirait qu'on le dépoussiérait ensemble?" Elle rit de son intrépidité manifeste. Jack lui sourit et conclut: "Est-ce une invitation que vous me proposez là, Miss Marx?
-Oui, ça te tente?
-Ce sera avec joie! Laisse-moi juste le temps de mettre de l'ordre dans ma vie, et on fera toutes les parties de scrabble que tu voudras!
-Et ça prendra du temps?
-Non! Je suis flic, ne l'oublie pas! J'ai une aptitude naturelle pour un rangement rapide et radical!"
Deux jours après, Jack revint. Il emportait avec lui, une valise et quelques affaires indispensables. Il ne repartit pas le lendemain, ni celui d'après. Il prit un congé pour une période indéterminée, il s'installa chez Alison. Il n'y existait aucun mot pour décrire, ce qui les unissait. Peut-être, était-ce leur solitude à tous deux qui les avaient rapprochés. Peut-être, étaient-ce les prémices d'un enchantement affectif. Ils l'ignoraient eux-même. La fusion de leurs âmes provenait d'un simple besoin de l'autre. Sept jours passèrent. Une semaine où ils partagèrent leurs savoirs propres, de la seconde à la minute, de la minute à l'heure, de l'heure à la journée.
Alison l'initia à la musique et aux livres. Elle lui apprit que la cicatrice striée et profonde sur la couverture d'un ouvrage n'était pas une marque de dédain, mais un titre honorifique, preuve que l'histoire avait été appréciée. Sa bibliothèque débordait d’œuvres marqués passionnément. Jack lui enseigna l'art d'émouvoir les papilles. Et ses recettes de cuisine la subjuguèrent plus d'une fois. La découverte de 7éme art était aussi prévu dans l'apprentissage d'Alison.
Comme la télévision était inutilisable, il s'arrangea pour louer une salle de cinéma. Les complexes cinématographiques étaient boudés par le grand public, qui préférait savourer ce divertissement sur leur propre grand écran. Jack mena son projet en secret, il voulait qu'Alison ait une surprise. Le soir de l'aboutissement de sa trouvaille, il prépara un bon dîner. L'apothéose fut le dessert, avec ses pâtisseries exquises et ses fruits dégotés au marché au noir. Alison était plus que ravie. Elle n'aurait imaginé une telle satisfaction: "Jack, c'était fameux! Et bien plus encore! Tu as du talent!
-Quand j'étais petit, je voulais devenir pâtissier, mais mon père n'était pas de cet avis...
-Où sont-ils, tes parents?
-Quelque part en Californie, je sais pas trop en fait! Je suis parti de la maison, quand j'avais 17 ans! Mon père était un vieux tyran alcoolique. Ca passait mal tous les deux! Ma mère a choisi son camp... C'était pas le mien! Ils ont déménagé, je suis resté ici! Je ne les ai jamais revus..." Il perdit un temps son sourire.
"-Je suis désolé Jack!
-Faut pas! Je ne regrette rien! Je me suis prouvé que j'étais le maître de mon destin, et c'est tout ce qui comptait pour moi! Et toi, tu ne m'as jamais parlé de tes parents...
-Ils sont morts quand j'avais 16 ans! Ce n'est pas une belle histoire, ça n'a rien d'intéressant...
-J'aimerai l'entendre pourtant. Je t'ai confié un événement douloureux, à toi...
-Ils ont été tués avec mon petit frère, dans une embuscade. Des casques rouges avaient été assassinés, il fallait trouver des coupables et sévir pour que ça ne se reproduise jamais... Nous avons été au mauvais endroit, au mauvais moment. Des suspects se faisaient appréhender dans la rue... on revenait du marché clandestin, on a vu les soldats... J'étais cent mètres derrière eux, je traînais en regardant les vitrines! Ma mère, affolée, me suppliait de loin de me dépêcher... Je l'ai pas écouté... L'un des rebelles a sorti une arme, un officier l'a descendu... Puis il y a eu ce tir de rafale, qui venait de je ne sais où... Les militaires ont riposté... Ma famille était entre les deux... Ca s'est passé très vite... Ils n'ont pas eu le temps de se protéger, j'étais pétrifiée, mon frère a hurlé... Ils se sont effondrés ensemble... Mon père tenait toujours la main de ma mère, et mon frère s'était blotti entre eux... J'ai rien pu faire! Les balles ont cessé de siffler, les rebelles étaient tous morts... J'ai hurlé... j'ai couru jusqu'à mes parents, mais un soldat m'a arrêté... L'un d'eux a donné un coup de pied à mon père, pour voir s'il était vraiment mort... Je les ai vus ramasser les corps des rebelles et de ma famille, comme si c'était rien... Un simple contre-temps!
Excusez-moi, c'est une magnifique soirée que tu m'offres, et je pleure comme une idiote!" Jack la serra contre lui:
-C'est ma faute, je suis désolé! Je savais qu'une guerre avait éclaté en Nouvelle-Zélande entre les casques rouges et des nationalistes! Mais j'ignorai qu'elle avait touché des civiles... Désolé pour ta famille!
-C'est loin tout ça!
-Allez! Sèche tes larmes, prends ton manteau, on va se balader! La soirée n'est pas finie...
-A cette heure?
-Il n'y pas d'heure pour vivre!"
Jack prit sa veste, et Alison vit son arme de service, qui dépassait d'une poche intérieure. Elle lui demanda: "C'est pourquoi faire ça?
-C'est juste une sécurité, Alison! Au fond, moi, non plus, je ne fais pas confiance aux hommes." Elle acquiesça et ils sortirent. Il y avait un petit cinéma dans le quartier. Mais la jeune fille n'avait jamais eu ni l'occasion, ni l'envie de s'y rendre. Lorsqu'ils parvinrent à l'entrée, elle ne sut quoi dire. Jack l'entraîna à l'intérieur. Il la conduisit dans une salle avec toile de fond et sièges molletonnés rouges, en lui demandant de patienter. Il s'éclipsa un instant. Un léger bruissement crépita dans les enceintes, la lumière déclina, l'étendue blanche s'anima. Jack la rejoignit: "J'ai même pensé au pop-corn! Ne suis-je pas parfait?
-Comment as-tu fait?
-Bah, un coup de téléphone, et le patron me mangeait dans la main! Et puis pour allumer le bazar, j'ai suivi des cours au lycée!
-J'en reviens pas... Je sais pas quoi dire...
-Alors ne dis rien et apprécie le spectacle!"
Il avait choisi pour elle, un vieux film. Ses effets spéciaux étaient peu crédibles, mais ils devaient être novateurs à l'époque. Il avait acheté cette bobine pour les paysages. Sur la jaquette, il était précisé qu'il avait été tourné en Nouvelle-Zélande. Jack était persuadé que la jeune fille apprécierait revoir son pays. Les beautés de l'Ancien Monde étaient bien réalistes. Et Alison reconnut les merveilles de sa contrée. Les montagnes au sommet perpétuellement enneigé, les vastes landes, les épaisses forêts, les fougueuses rivières,... Un frisson d'émotion ne la quitta pas. Elle pleurait de fines larmes de joie. Alison tenait la main de Jack, et elle ne la lâcha pas. Son bonheur a lui, était de la contempler, sa joie et son sourire éternel. Quand le film s'acheva, que les lumières se rallumèrent, elle se jeta à son cou, ne cessant de répéter: "Merci! Merci! Merci!" Et alors qu'elle relâchait son étreinte, Jack lui caressa la joue pour essuyer ses larmes. Puis, il l'embrassa simplement, un délicat baiser sur les lèvres. Elle n'y trouva aucun mal. Et ils rentrèrent satisfaits, main dans la main.
Chapitre 12: Le présage
La nuit ne fut plus terrifiante. Elle devint Magie. Ses noires légions se dissipèrent, pour dévoiler un ciel parsemé d'étoiles brillantes. L'Aube sévère ne fut plus qu'Espoir et Promesse, et les moroses journées, Amour et Tendresse. Le Bonheur entourait la demeure d'Alison comme une bulle protectrice. Si bien qu'elle en vint à penser que la vie n'était pas si injuste que ça. Peut-être que finalement tout était lié. Elle avait perdu sa famille mais elle avait mûri, elle avait perdu Plume, mais elle avait trouvé Jack. Peut-être que Jack avait raison, elle devait apprendre à voir le bon côté des choses et laissait les événements se produire. On ne peut courir plus vite que le vent.
Les jours défilèrent à une vitesse cruelle. Le sort tourmenté du monde ne l'atteignait plus, parfois elle culpabilisait. Son bonheur était trop insolent, trop éclatant. Elle ne manquait de rien. Celui qu'elle aimait été à ses côtés, elle avait retrouvé sa moitié manquante. L'Amour lui avait fait pendant si longtemps défaut. Cependant une ombre persistait sur sa gravure idyllique. Par instant, elle se sentait vide, comme consumée de l'intérieur par un gouffre sans fond. Une fatigue et une vieillesse précoce pesaient sur ses frêles épaules. Chaque fois, qu'elle toussait, ou de quelques maux de tête se faisaient plus persistants, ses verts années lui semblaient perdues. Mais elle n'en dit mot à Jack, et dissimulait ses malaises en état grippal. Il était si heureux. Rien ne justifiait qu'elle l'alarme avec des sottises. Tout se cesserait au fil des semaines. Ce n'était que passager.
Le moment préféré d'Alison était devenu la nuit. Elle se craignait de s'endormir. La présence rassurante de Jack empreignait son lit et ses songes. Et si quelque tracas lui empêchait de trouver le sommeil, elle se blottissait contre lui. Elle écoutait sa respiration paisible et les vibrations de son cœur. C'était le plus efficace des soulagements. Une nuit cependant, son calme fut perturbé. De mauvaises réminiscences chassèrent Jack et sa joie de ses pensées, pour lui rappeler son destin. Elle revécût ce que son esprit avait enterré, enfoui au plus profond des abîmes de sa mémoire. Les pires moments de son existence.
Nous étions alors dans des temps bien sombres. La guerre faisait rage en Nouvelle-Zélande. Les casques rouges faisaient régner leur loi dans le pays. Ils préparaient le terrain avant l'arrivée en masse, des élites. Les habitants étaient dressés aux préceptes de bonne conduite. Ils devaient faire de place à leurs supérieurs, et entrer à leur service, comme des esclaves. Les maisons les plus somptueuses furent réquisitionnées, leurs propriétaires invités à s'installer dans les quartiers austères. Il n'y avait pas de place pour la contestation, et encore moins pour une révolte. Pourtant, nombre furent ceux qui se dressèrent devant l'arbitraire et s'unirent pour libérer leur pays de l'envahisseur. Malheureusement, l'armée était mieux équipée et entraînée que les civiles. Les pertes furent grandes. Il arrivait cependant, que la guérilla capture quelque casque rouge, les représailles n'en étaient que plus terribles.
Pour la famille Marx, les années d'insouciance et de luxe étaient finies. Après la réquisition de leur demeure, ils avaient été contraints d'emménager dans un lugubre studio en ville. Et leur richesse était à présent d'être encore ensemble. L'économie était en crise, et se nourrir était devenu impossible, sans aide des soldats. Ironiquement, ils devaient tirer leur survie de ceux qui les maltraitaient. Les Marx vivaient de petits services rendus à l'armée, au gré des humeurs des soldats. Ceux qui étaient trop fiers pour servir l'envahisseur, et ne voulaient offrir leur vie au service d'une cause désespéré, s'exilaient du pays. Mais les Marx s'y refusaient. Ils ne voulaient pas entrer dans la guérilla, craignant pour leurs enfants.
Cependant, ils ne quitteraient leur pays, qu'en dernier recours. Même si leur condition était dure et humiliante, dans leur cœur, ils gardaient l'espoir fou de sauver la paix. Après des mois de lutte et de privation, la famille était épuisée. Ils avaient les témoins des pires horreurs. Les soldats ne reculaient devant rien, pour asseoir leur autorité. Et ils se montraient intransigeants quand ils capturaient un rebelle. Les exécutions pour l'exemple se multipliaient, plongeant la population dans la terreur.
Une fois, une bombe avait sauté en plein centre ville, dans une école qu'on pensait être le refuge de "terroristes". C'était l'école d'Alison. Elle s'y rendait comme chaque jour, refusant de nuire à son instruction. La charge s'était déclenchée, alors qu'elle était à cent mètres. Le souffle de l'explosion l'avait propulsé dans les airs, et elle avait perdu connaissance. Quand elle s'était réveillée, elle gisait au milieu de monticules de gravas et de débris en tout genre. Elle perdait du sang à la tête et aux genoux. Son bras s'était fracturé. Et tout autour le chaos, des flammes, des gens hurlant, des immeubles détruits, et le plus effrayant, une vague de vapeur verdâtre et opaque qui se dégageait de lieu de l'explosion. Ce n'était pas la fumée d'un incendie. Ce n'était pas une combustion naturelle, mais chimique. Comme un démon de feu, elle se rua sur Alison. Elle hurla à son contact. Sa peau la brûla. Elle suffoqua, la gorge la piquait. Et elle ne voyait plus rien. Ses yeux étaient grands ouverts, mais elle était aveugle. Elle sentait juste la douleur comme s'ils s'étaient enflammés, et des larmes qui se voulaient salutaires, coulaient abondement sur sa poitrine. Il y avait là quelque astucieuse arme de destruction massive.
Alison parvint à tâtons, à rentrer chez elle. Elle connaissait chaque recoin du chemin. Sa mère avait entendu la détonation, mais ne savait d'où elle provenait. Elle avait donc attendu fébrilement le retour de son mari et de sa fille. Dés qu'elle avait aperçu sa fille, elle avait couru vers elle, le sourire retrouvé. Mais il s'effaça bien vite, pour laisser place à l'effroi. Sa fille se mouvait comme une aveugle, ses yeux saignaient comme le reste de son corps meurtri. La guerre n'avait épargné ses enfants comme elle l'aurait souhaité. Ils apprirent dans les jours qui suivirent, que cette opération n'était qu'une bavure. Sans en avoir reçu l'ordre, un commandant éprouvé par la guerre, avait déclenché accidentellement une charge d'explosifs. La zone fut déclarée sinistrée sans on avertisse les habitants de ce à quoi, ils avaient été exposés. Les Marx durent déménager, et on empêcha toute tentative d'exil du territoire, pour éviter que l'affaire s'ébruite. Alison fut pendant de longs mois, aveugle et gravement malade. On ignorait tout de son mal, les médicaments prescrits étaient bien faibles remèdes.
Néanmoins, miraculeusement, elle retrouva la vue et guérit. Mais les maux de tête et les malaises firent partie intégrante de son quotidien. Peu de temps après ce miracle, ses parents et son frère furent assassinés en pleine rue, alors que le seul crime qu'avaient commis les Marx, c'était d'avoir espéré. Et Alison fut l'unique survivante, parce que ce jour-là, elle avait envie de flâner comme les jeunes filles de son âge. Elle fut conduite en prison, où on lui laissa le choix, partir ou mourir. Ce fut son premier dilemme. Elle ne voulait vivre sans sa famille, mais il demeurait quelqu'un qui avait besoin d'elle. Elle ne pouvait abandonner pour lui. Elle fut libérée, elle récupéra son chat, et sans rien, elle quitta son pays pour toujours.
Elle y laissa les plus sombres années de sa vie, mais aussi les meilleures. Une enfance heureuse, des parents aimants, un petit frère espiègle, une existence paisible. L'image de ses parents et de Jonathan se forma dans ses songes. Elle prit plaisir à voir ceux qu'elle croyait disparus. Ils semblaient calmes et légers. Mais ce n'était pas la réalité, rien de plus qu'une illusion. Leurs visages souriants se noyèrent au milieu d'un tumulte marin.
Cette maudite vague détruisait tout, même ses souvenirs, et elle ne pouvait l'empêcher de nuire. Elle se réveilla en pleurs. Jack était là pour la rassurer. Ce n'était qu'un cauchemar. Elle allait lui confier ses craintes, lorsqu'une toux plus violente que les précédentes la saisit. Jack se leva aussitôt pour lui chercher un verre d'eau. Alison continuait de tousser, sa main contre la bouche. Pour la première fois, elle sentit un goût de sang sur sa langue. C'était très désagréable. Elle regarda sa main. Un filée de sang vermeil tâchait sa paume. Ses pupilles se dilatèrent, son cœur s'emballa, une peur suprême l'empoigna. Aucun doute de ce que présager ce sang.
Jack revint avec le verre. Il s'étonna de la voir contempler sa main avec tant d'insistance. Elle tendit l'autre main, prit le verre, et but. Jack se recoucha et elle essuya discrètement la lugubre emprunte. "Tu ne m'as répondu pourquoi regardais-tu ta main ainsi?
-Je regardais ma ligne de vie... Elle me semble courte...
-Qu'est-ce que tu racontes? Fais voir! Pas du tout! Vous vivrez vieille, Mademoiselle Marx, crois-moi! Tu seras toute ridée, grand-mère et bien paisible dans ton lit, quand ce sera le moment! C'est ce cauchemar qui t'a mis la tête à l'envers? Tu veux qu'on en parle?
-Pas la peine, c'est stupide et pas important! C'est qu'un mauvais rêve!
-Tu es sûre? Parce que tu peux tout me dire, même ce qui te paraît stupide!
-Ca va! Prends-moi dans tes bras, ça ira mieux!" Elle avait choisi de lui mentir, par amour et par lâcheté. Elle demeura inquiète, éveillée toute la nuit restante.
Chapitre 13: Le dernier acte
Le lendemain, Jack était plus rayonnant que jamais. Il lui apporta le petit-déjeuner au lit, et ne cessa de se montrer attentionné. Alison n’était pas disposée à apprécier ses soins. Il lui parlait, mais elle l'écoutait à peine. Certaines de ses paroles frappèrent pourtant son cœur, comme un coup de couteau: "... Ce serait sympa, si on partait tous les deux! Rien ne nous retient ici! On pourrait, je sais pas, aller voir ailleurs, comment on y vit. Et pourquoi pas faire un tour du monde. Qu'est-ce que tu en dis? Alison?
-Hein? Hum, pourquoi pas! Mais ça peut attendre!
-Comme tu veux! De toute façon, tu as raison, on a toute la vie devant nous!"
La journée serait affreuse. Alison devait feindre de partager l'enthousiaste de Jack. C'était insupportable de lui mentir. Elle tentait de profiter de l'instant présent. Elle était encore là, et elle devait se montrer brave pour celui qu'elle aimait. Ils passèrent le début de la matinée à se cajoler, en évoquant leurs projets futurs. Il était plus que sincère et Alison luttait pour ne pas s'effondrer.
Jack, la voyant morose, lui demanda, faute d'en savoir les causes, s’il y avait quelque chose lui tenait particulièrement à cœur. Elle lui avait confié un jour, que si en avait eu l’occasion, elle aurait aimé remonter à cheval. Et lui, il aurait déplacé des montagnes pour lui faire plaisir, quitte à décrocher la lune. Mais elle lui soumit une envie d’un voyage. Elle voulait se rendre dans un endroit spécial, là où elle n’était jamais allée. Elle souhaitait voir la mer. Elle n'était qu'à une dizaine de kilomètres.
Jack se rendit au garage du coin, pour louer une voiture. Il y laissa sa bourse. Peu importe ce que ça coûtait, puisque Alison en avait envie et qu’elle avait retrouvé le sourire.
Après une heure de route chaotique, ils arrivèrent à destination. Leur engin était un très vieux modèle, et ils se réjouirent de n'être pas tombés en panne. Jack gara l'auto sur un sentier qui menait à la falaise. Alison fut touchée par l'odeur des embruns marins. Elle qui croyait, que rien ne subsistait de l'Ancien Monde. Après avoir contemplé la mer noire qui léchait les pans du précipice, ils se reposèrent sur le sol caillouteux, à l'écart de l'abîme.
Alors Alison parla: "J'ai lu un jour, que le monde avait été crée à partir d'une symphonie! Et que chaque élément était une variation de la mélodie! Pourtant, il n'y a plus rien d'harmonieux ici-bas!
-C'est vrai que ça manque de verdure! Mais il y a toujours la mer, c'est déjà ça!" Ils se turent un instant.
"-Dis-moi Jack, que crains-tu le plus? La souffrance ou la mort?
-Pourquoi cette question?
-Pour rien, mais réponds-moi!
-A choisir... Je dirais le mort, mais c'est pas de gaieté de cœur!" Alison se blottit contre lui. Un fugace voile de fraîcheur matinale la fit trembler. Elle ferma les yeux pour savourer l'instant. Elle voulait ne faire qu'un avec lui, s'imprégner de son odeur pour l'éternité, faire battre son cœur dans la poitrine du jeune inspecteur. Son destin la rappela à l’ordre, elle ne devait faillir. Car une douleur vivace et soudaine envahit son système nerveux. Elle serra les dents pour ne pas crier.
Quand elle se dissipa, Alison entoura Jack de l'un de ses bras. Sa main passa sous son blouson et s'accrocha à un objet funeste. Avant même que Jack ne se rende compte, elle s'empara et s'éloigna rapidement de lui. Le réveil fut brutal pour le jeune homme. Il était abasourdi, que faisait-elle? Celle qui avait appris à aimer, celle qui riait cinq minutes plutôt avec lui, se tenait maintenant debout, atrocement pâle, son arme contre sa tempe, une lueur de résignation dans les yeux. Comme il gardait le silence, Alison s'expliqua: "Je suis désolée Jack! J'aurai aimé que ça se passe autrement... Mais c'est fini! Je ne fais déjà plus partie de ce monde...
Mon rôle dans l'histoire s'achève ici. Ce monde va s'éteindre que tu le veuilles ou non... Accepte-le! Nous n'avons plus la moindre emprise sur les événements... Il est déjà tard, et je ne souhaite m'attarder davantage...
-Qu'est-ce que tu racontes Alison? Je ne comprends pas... Je t'en prie, explique-moi! Tu avais retrouvé l'Espoir, qu'est-ce qui a changé?
-Moi, Jack! Moi, j'ai changé... et pas qu'en bien! Tu m'as apporté énormément! Je te dois la vie... mais je me languis d'un mal inguérissable...
-Allons Alison! Pose cette arme! Ce n'est pas rationnel de se sacrifier pour la planète, ça ne sert à rien... Ca ne changerait rien! Ca ne va pas la sauver! Si elle est réellement destinée à disparaître, il n'y a rien que tu puisses faire pour l'en empêcher!
-Jack, elle et moi, nous sommes liées! L'humanité nous a toutes deux blessées, et nous agonisons ensemble! Quand je te dis que je souffre, c'est pas métaphorique! Je suis malade, je ne voulais pas que tu le saches. J'ai été exposé à un gaz toxique pendant l'occupation de mon pays... On a jamais su ce que c'était... Mais les toux et le reste, c'est pas anodin! J'ai pendant trop longtemps tû le mal qui me rongeait, pour mes parents, pour toi et pour moi-aussi... J'avais peur, peur de mourir avant de recroiser le Bonheur! Mais c'est chose faite! J'ai parachevé mon apprentissage, je détiens ce qui me manquait...
-Je ne comprends pas, c'est pas possible...
-Je vais mourir Jack, mais avant la planète. Ce n'est qu'une question de semaines, vu comme les choses évoluent. Je ne désire pas l'attendre... Je suis comme toi, je préfère la mort à la souffrance, mais c'est pas de gaieté de cœur...
-Tu n'as pas le droit de me faire ça! Je ne vivrai pas sans toi...
-Moi non plus! Je n'ose imaginer passer mes nuits loin de toi... Tu m'as redonné la foi et l'envie de vivre... Je ne croyais pas que je sourirai de nouveau, et pourtant regarde-moi, Jack, je souris! Tu es l'unique homme qui m'a été donné d'aimer, et ça méritait tous les sacrifices! J'ai appris à voir le bon côté des choses. Je préfère avoir vécu peu avec toi, que l'éternité toute seule! Regarde-moi, Jack! Je t'en pris, j'ai besoin de toi! Je te demande beaucoup, je le sais, mais c'est pas facile pour moi non plus! Brûle mon corps, s'il te plaît! Sur un grand bûcher dressé sous les derniers rayons du soleil et laisse mes cendres se disperser dans un puissant vent d'Ouest! Que mon âme retourne à l'Infini et mon corps à la poussière! Ne pleure pas, je t'en supplie, je veux pas te faire de mal...
-C'est pourtant le cas! Je refuse de te voir mourir, ici ou ailleurs. On ira voir les meilleurs médecins, on ira aux confins du monde, s'il le faut, mais on te guérira!
-Ecoute! Regarde! Le silence et le vide nous entourent! Il n'y a plus d'oiseaux, plus d'insectes, plus d'arbres, plus de fleurs,... Je me meure à mesure que la Nature s'éteint, il n'y rien que l'on puisse faire...
-Alors on gagnera du temps!
-De combien de temps, crois-tu que nous disposons? 1 an, 6 mois, 1 semaine,... Pourquoi attendre? La seule différence qu'il y a à mourir ici, et dans un lit d'hôpital, c'est la liberté Jack! Je mourai quoi qu'il advienne, mais à cet instant, je sais que mon courage n'est pas anéanti par la souffrance. Je ne suis pas piégée dans une cage... Je choisis d'être maître de mon destin et de la combattre debout!
-Ne renonce pas!
-Je ne renoncerai jamais Jack! Je suis un esprit fort, souviens-toi, je fais juste un choix! Mon dernier dilemme! Maintenant écoute! Ecoute-moi, la nuit va tomber, le temps me manque... Je souhaite que tu parviennes un jour, à me pardonner et que tu gardes une place pour moi, dans ta mémoire! Mais ne te lamente pas en vain, je ne l'ai que trop fait! Vis! Fais-le pour moi!
Sache seulement que je ne regrette rien... Te rencontrer a été un magnifique présent, un pétale de rose tombé du ciel... T'aimer m'a doté d'un grand pouvoir, plus puissant que n'importe quelle force! J'aurai voulu te connaître à un autre siècle, nous aurions pu changer le cours de l'Histoire, ensemble. Car avec toi à mes côtés, je ne crains plus la mort!
Jack ne pouvait parler, comme si on lui avait arraché la langue. Il comprit alors l'impuissance des mots: "Ne m'abandonne pas! Je t'aime..."
Devant sa détresse, le cœur d'Alison chancela. Elle aurait voulu le prendre dans ses bras pour le rassurer: "Moi aussi! Mais je ne peux pas... il le faut! Maintenant ou demain, ça arrivera!"
Cette soudaine hésitation de la jeune femme fit renaître la flamme de l'Espoir au plus profond de Jack. Elle baissa ses grands yeux sombres.
Quand elle les rouvrit, ils étaient baignés de larmes: "Je ne suis pas humaine, je suis mortelle!" Ce furent ses dernières paroles. Le feu rugit, la détonation déchira le silence, la vie s'envola. Alison tomba et ce fut l'ultime fois, où elle dut courber l'échine. Elle avait affronté sa plus grande peur. Les yeux levés vers l'immensité des cieux, une larme ruisselant sur sa joue, la tête pleine d'un grand vide, le cœur soulagé de son tourment, elle tenait toujours dans sa main, un pétale de rose flétri. Hurlant de désespoir, Jack se précipita pour la relever. Il sembla s'être changé en statue de pierre. Il cessa de penser, il cessa de voir, il cessa d'entendre. Il ressentait juste les assauts d'une douleur infinie. L'Amour est source de grands pouvoirs, mais aussi de grands maux. Il demeura longtemps sur la falaise, tenant toujours le corps d'Alison contre lui, comme le plus précieux des savoirs. Il contemplait de loin, la fin d'une journée morose, une journée de plus, une journée de moins.
L'histoire ne dit pas ce qu'il advint de Jack. Etait-il demeurer sur la colline, jusqu'à ce que le temps métamorphose ces amours infortunés en sculpture de marbre, les unissant l'un à l'autre pour l'éternité? Ou avait-il écouté Alison? Nul ne le sait. Mais des gens racontent qu'on vit s'élever à l'aube du solstice d'été, une ardente fumée à l'Ouest, comme si un immense brasier consumait le monde.
Alors voulez-vous réécrire l'Histoire?

14:09 Publié dans extrait littéraire | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note



Commentaires
chapeau pour ton livre! si un jour t'arrive a le publier je l'achete direct! oui oui!! je ferais même pas jouer mes relations pour l'avoir gratos!! dit toi que j'ai tout lu et que du coup comme sa a pris du temps et que léna devait être changé ben je lé donné a son pere pour pouvoir lire la fin du livre! honte a moi peut être moi bon c rare d'avoir de bonnes lecture de nos jours! bon sur ce je te laisse et encore bravo! bizouxxx
Ecrit par : marie-anne | lundi, 27 octobre 2008
merki!!!
Ecrit par : ptelfe | lundi, 03 novembre 2008
Pourquoi votre blog il ya si longtemps n'a pas ete mis a jour? Good etait autrefois un blog.
Ecrit par : RICHARD | cheap shop | jeudi, 26 novembre 2009
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